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Charles Chaplin

 
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Charles Chaplin
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Karahir
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Elessar dit :
Charles Spencer Chaplin habituellement nommé Charlie Chaplin est un des plus grands cinéastes que le monde n’ait jamais porté. Pourtant rien ne le disposait à cette ascension fulgurante vers la gloire et à ce génie. Certes ses parents étaient des artistes mais ils ne brillaient pas au firmament. Sa naissance a lieu durant l’époque victorienne et son enfance des plus misérable, ne laissait pas supposer que cet être frêle allait être une des grandes figures de son temps.
Durant sa vie, Chaplin a réalisé près de quatre vingt films dont la grande majorité sont des courts métrages. Au fil de sa vie, sa technique de réalisation s’est affinée pour arriver progressivement à la perfection avec les Lumières de la ville dont Chaplin affirmait qu’il serait son dernier et son plus grand film. De la petite troupe du célèbre Fred Karno, autrement dit des spectacles burlesques et du music hall à la comtesse de Hong Kong, film sonorisé et colorisé, bien des choses ont passé. Le réalisateur a su adapter sa technique au fil des inventions et notamment de celle majeure, du cinéma parlant. Chaplin est passée par plusieurs compagnies (Keystone, Essanay, Mutual et First National) pour arriver à son idéal : obtenir son indépendance.
Chaplin, au fil de ses productions, a créé le personnage qui le rendra célèbre et sera son ombre : Charlot, qui fait rire et pleurer. Ce héros a fait battre les cœurs de l’Amérique puis ceux de l’Europe. Cependant, l’Amérique, en proie au contexte historique, a rejeté son idole et en a fait l’une des victimes du maccarthysme. Chaplin, victime de l’ingratitude du peuple américain, a été contraint de s’exiler en Europe qui lui a réservé un accueil favorable. Après une longue vie mouvementée, Chaplin s’est éteint en Suisse, loin des pays familiers dans lesquels il a si longuement œuvré.



I- Enfance et premiers pas de sa carrière

Charles Spencer Chaplin naquit le soir du 16 avril 1889 en Angleterre alors en pleine époque victorienne. Il est né de Hannah Hill qui avait alors déjà un fils âgé de quatre ans, Sydney.
Charles Chaplin est très précis concernant sa naissance : « Je suis né le 16 avril 1889 à huit heures du soir dans East Lane à Walworth ».Les deux enfants suivirent la vie vagabonde de leurs deux parents et parfois les aidaient dans leur travail d’artistes. Mais le couple va rapidement tomber. Le père était un ivrogne brutal et passait ses journées dans les pubs. Un an après la naissance de Charles, le couple se sépare. La mère veut élever seule ses deux enfants sans l’assistance du père. Le métier que pratiquait Hannah était extrêmement fatiguant, de plus sa vie se déroulait dans un climat humide, de fait sa santé commençait à se dégrader sérieusement. Malgré des maladies, elle devait travailler, aussi sa voix se détériora rapidement. Par conséquent, on lui proposa moins de contrats et, lorsqu’on lui en proposait, les lieux de spectacle étaient assez médiocres. A cette époque Sydney court les rues mais Hannah doit emmener son plus jeune fils avec elle. Cependant sur scène, sa voix s’éraillait et les spectateurs n’étaient pas touchés par la pitié, au contraire. Charles nous explique qu’un jour, à la « Cantine » à Aldershot, sa mère défaillit et dut se retirer en coulisses. Le directeur de la scène, ayant déjà vu Charles chanter, il le fit remplacer sa mère sur la scène. Charles nous dit : « Ce soir là marqua ma première apparition sur scène et la dernière de ma mère. » Cependant Hannah espérait reprendre son métier et ne voulait pas que son fils prit sa place. La pauvreté allait alors en s’accentuant et Hannah s’enferma dans une crise mystique qui la sauva sans doute du désespoir. Elle donnait quelques soins et faisaient quelques travaux de couture. Mais ces maigres travaux ne pouvaient guère suffire à la faire vivre elle et ses deux enfants. Elle demanda donc une aide à son mari. Cependant, comme il buvait, ses contrats étaient de moins en moins fréquents, de fait, la somme qu’il versait à son ancienne femme était elle aussi irrégulière. La mère apprit alors à ses enfant le travail de la couture. Mais cela ne suffisait pas et, pour payer leurs dettes, on leur enlevait leurs meubles. Cependant, Hannah avait conservé sa malle de scène. Parfois, elle sortait ses costumes brillants devant les enfants. Cela leur rappelait le monde qu’ils avaient perdu et cet « Eldorado » perdu était leur espérance. Hannah a permis à Charles de réussir dans la pantomime. En effet, en l’observant, il a appris à traduire les émotions par des gestes. Une bourse trouvée apporta un court arrêt à leur misère. Puis les versements du père stoppèrent. L’avocat conseilla à la jeune femme de se faire admettre à l’asile des pauvres de Lambeth avec ses deux enfants.
Alors la séparation commença. D’abord dans l’asile ils furent séparés. Puis Sydney et son frère furent transférés dans une école où ils furent de nouveau séparés. Au début de l’année 1898, ils retrouvèrent leur mère qui les fit vivre un temps. Cependant, la folie s’empara de Hannah et elle fut transférée à l’asile. On annonça aux deux garçons que le père allait les prendre en charge. Ce ne fut pas une période heureuse, ils furent mal traités par la nouvelle femme de leur père. Lorsque Hannah sortit de l’asile, elle vint reprendre ses enfants. La mère, incitait Charles à chanter et à danser. Le père de Chaplin convainct son ancienne épouse à le présenter à Mr. Jackson qui dirigeait une troupe (les « Eight Landcashire Lads »). Chaplin en se joignant à eux était nourri, logé et gagnait de l’argent. Charles part avec ses camarades dans une tournée de deux ans qui fut particulièrement éprouvante. En fréquentant les salles les plus renommées du pays, Charles observe les grands clowns et acteurs de son époque. Il comprend vite, que pour s’assurer le succès, il doit s’affranchir de sa troupe. Il essaye donc de travailler en solitaire et improvise parfois sur scène. Son retour à Londres en 1901 l’obligea à travailler. Son frère était steward sur un bateau et Charles seul devait subvenir aux besoins de sa mère et de lui-même. En mai 1903 , Charles doit emmener d’urgence sa mère à l’hôpital. Sydney rejoint son frère et ils décident tous deux de remonter sur la scène. Déterminé dans ce but, Charles obtient rapidement un rôle pour jouer Billy, le groom de Sherlock Holmes. Sydney s’oriente quant à lui vers le music hall. La tournée de Charles allait durer quarante semaines. Cette histoire allait être un tremplin pour les deux frères. Sydney va trouver un emploi parmi parmi les comédiens acrobates de Charlie Manon., il va être rejoint par Charles. Ensemble ils vont interpréter un numéro. Puis Charles intègre une troupe : le Casey’s Court Circus. Sydney vantait à Fred Karno, célèbre personnage de l’époque, les qualités de son frère mais ce dernier l’estimait trop jeune. Mais en février 1908, Charles décroche une audition devant le célèbre producteur. Fred Karno combine l’art de la pantomime et l’agilité des clowns. En voyant l’apparence fluette de Charles, Karno pense qu’il n’est pas celui qu’il recherche. Pourtant, Charles impressionne le producteur par ses dons d’improvisation. Charles va rapidement devenir un pilier de la compagnie. La rigueur mise au point exigeait beaucoup de la part des acteurs. C’est cela qui amena Charles à la perfection technique de son métier. Charles voit s’ouvrir l’existence banale d’un petit comédien de tournée ce qui ne l’enchante pas. Il intègre rapidement la troupe destinée à la promotion des spectacles de Karno aux Etats-Unis. En 1911, Charles débarque à New York en compagnie d’autres acteurs (dont le futur Stan Laurel). Il rêvait déjà de l’Amérique qui était à ses yeux un territoire d’accueil pour ses rêves de gloire et de fortune. La troupe voyage dans tout le pays. La découverte de ce pays provoque un choc culturel et intime. Cela attise l’esprit de conquête dont il était animé. Il s’enferme peu à peu dans la solitude. En 1912, il retourne en Angleterre pour voir que cette terre n’est plus à la hauteur de ses ambitions. Avec Sydney, ils gagnent suffisamment d’argent et ont placé leur mère dans une maison de repos. En 1913, il repart avec la troupe en Amérique. Il ne se doute pas qu’il ne devait pas revoir son pays avant une dizaine d’années.


La suite au prochain épisode


Jeu 3 Jan - 15:04 (2008)
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Jeu 3 Jan - 15:04 (2008)
Karahir
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Message Charles Chaplin Répondre en citant
La suite très longue :
II- Les débuts avec diverses compagnies

A- La Keystone

A New York, Chaplin rencontre Arthur Kelly qui est un homme d’affaire prospère. A son retour de tournée, il est convié à Broadway. La demande venait de Mack Sennett fondateur de la Keystone. Mack Sennett aimait s’attribuer seul la découverte de Chaplin alors qu’en réalité celui ci avait déjà été repéré par des collaborateurs du producteur. Chaplin croyait peu au cinéma. Cependant Kessel (un collaborateur) lui promit 150 $ par semaine pour jouer dans trois films ce qui représentait deux fois son salaire avec Karno. Chaplin décide d’abandonner Karno mais termine son contrat et commence à la Keystone en décembre pour un contrat d’une durée d’un an. Sennett était un canadien d’origine modeste. Par la suite il témoigne d’un sens alerte du cadre et du montage. C’est un pionnier du burlesque : il en invente les premiers codes. Ensuite il s’engage dans la Keystone. Il est producteur et parfois réalisateur de cette compagnie. Le studio de la Keystone était situé dans un faubourg d’Hollywood. Il y règne un grand désordre. Chaplin fait une première visite au studio vers le 15 décembre 1913 mais il ne commencera à tourner qu’un mois plus tard, le 16 janvier 1914. Un premier film Making a Living (Pour gagner sa vie) fut tourné du 16 au 19 janvier 1914. Chaplin n’aimait pas le style Keystone, il voulait une allure plus lente, plus posée. En effet le style Keystone était frénétique : acteurs et techniciens couraient dans tous les sens. Chaplin constate dans ce premier film que les effets personnels auxquels il s’était livré ont été coupés. Le film présenté le 2 février 1914 reçut un accueil assez favorable du public. Un journal, le Moving Picture World écrit à propos de Chaplin : « L’adroit acteur qui joue le rôle d’un escroc (…) est un comique de premier ordre ». Cependant telle n’est pas la pensée de Mack Sennett et de ses compagnons. Chaplin n’est pas satisfait de sa silhouette et déclare à Lehrman (réalisateur de Sennett chez Keystone) qu’il allait reprendre le costume du « Tramp » (le vagabond) qu’il utilisait chez Karno.
C’est durant cette période à la Keystone que naîtra le personnage de Charlot. Ses origines sont mal connues et il ne s’imposera qu’après le dixième film lorsque Chaplin deviendra metteur en scène. Tout au long de sa carrière, le personnage ne cessera de se modifier. Le costume du « Tramp » fut reconstitué avec les moyens du bord. Chaplin voulait que tout fût en contradiction. Il s’affubla d’un pantalon extrêmement large, de grandes chaussures, d’un veston étriqué, d’une canne de bambou, d’un chapeau melon trop petit. Il y ajouta une moustache qui selon lui, lui donnerait quelques années de plus ; Ce costume devait le rendre célèbre. C’est dans le film « Kid auto races » (durée : six minutes) que l’on voit la première fois Chaplin dans ce costume. La moustache et la canne sont permanents mais le pantalon et les chaussures sont pour l’instant remisés. Cependant l’image qu’il a créée se répand au travers de l’Amérique Pendant un temps il reprend le personnage de « Dandy » ivrogne. Il cherche à exprimer sa science du gag. Cette volonté d’expression et son attachement à la pantomime viennent enrayer la mécanique rodée des comédies « Keystone ». Le style novateur de Chaplin allié à la bande de Sennett crée des étincelles comiques à l’écran mais aussi des remous sur le plateau. L’individualisme de Chaplin met sa carrière en péril. Cependant Chaplin gagne considérablement de la popularité. En 1915 il obtient de Sennett de pouvoir mettre en scène ses propres films, dont il a rapidement assimilé la technique. Il réalise 15 films en 1915, leurs factures restent brouillonnes au regard de ce qui suivra. Chaplin fait preuve d’une bonne maîtrise du cadre et du récit, il prend conscience que la caméra doit rester fixe et que tout doit être dans le cadre. La relation Sennett /Chaplin est amicale avec une estime réciproque. Mais Chaplin n’est pas un artiste qui reste longtemps sous l’emprise de producteurs. Deux raisons le poussent à quitter la Keystone pour la Essanay en 1915. Son image lui permet d’obtenir des contrats meilleurs et mieux payés. De plus contrôler ses films est devenu pour lui quelque chose d’essentiel. Il a réalisé 35 films avec la Keystone dont certains portent un regard féroce sur l’Amérique d’avant guerre.

B- La Essanay

Le 2 janvier 1915, on apprit que Chaplin avait signé à la Essanay. Le contrat devait durer un an et assurait à Chaplin 1250 $ par semaine soit presque dix fois ce que la Keystone lui versait à son entrée. De plus il avait l’indépendance, était la vedette de tous ses films et en réalisait la production sur des scénarios de son choix. Il quitte alors Hollywood pour Chicago où l’Essanay possède son studio principal. Il commence à travailler avec sa nouvelle équipe mais les conditions de travail sont déplorables. Il y tourne un court-métrage : Charlot débute. Spoor (l’un des patrons de Essanay) lui dit d’aller s’installer à San Fransisco où Anderson tourne ses westerns. Chaplin s’y rend mais les conditions ne sont pas meilleures. De plus la troupe est médiocre. Il fait venir de Chicago deux personnes de son ancienne troupe et engage une jeune fille, Edna Purviance. Elle apparaît pour la première fois dans Charlot fait la noce qui est le second film Essanay. Avec cette actrice, on va avoir de la poésie romantique entre les gags et de la tristesse dans la fin lorsque le personnage est rejeté par elle. Le troisième film Essanay réalisé est Charlot boxeur. Dans ce film il monte une chorégraphie sportive et montre qu’un grand comique peut être un grand athlète. J’ai beaucoup aimé ce court métrage. Chaplin est drôle, les gags sont certes répétitifs mais la façon de les exécuter fait toujours rire. J’ai beaucoup apprécié les jeux avec les expressions du visage. Même si le film est muet les communications entre les personnages sont aisément compréhensibles. Le film est court mais il est amusant de voir que l’être frêle de Charlot peut vaincre les brutes.
Avec des membres de sa troupe il rentre à Los Angeles le 8 avril 1915. Chaplin tourne encore plusieurs films pour la Essanay. On va avoir l’apparition du réalisme social dans les films de Chaplin. Charlot apprenti montre Chaplin dans la peau d’un ouvrier tirant une charrette. L’ouvrier est fouetté par le patron. Par là, Chaplin dénonce l’exploitation de l’ouvrier. Il veut mettre son personnage dans un monde brutal, c’est pourquoi il transforme Charlot en clochard pour Charlot vagabond. Le film rencontre un succès fulgurant. Le héros devient universel. La presse publie des bandes dessinées le mettant en scène, les comiques le plagient. De plus les gens l’adorent car il les venge de leur quotidien par le comique. A Los Angeles il réalise By the Sea : Sur la plage puis tourne quatre films en studio. Sur la plage est un film comique, cependant les gags sont « téléphonés » et répétitifs. J’ai moins apprécié ce court métrage. En effet, après cinq minutes on s’attend aux gags. Malgré tout, j’aime beaucoup le personnage de Charlot et son attitude comique. De juin à décembre 1915 Chaplin réalise encore six films.

C- La Mutual

En décembre 1915, le contrat arrive à terme et les patrons de la Essanay lui proposent un renouvellement avec une garantie minimum de 500 000 $. Sydney, devenu le manager de Chaplin pense pourtant que l’on peut obtenir mieux et part à New York pour contacter d’autres compagnies. Chaplin rejoint son frère à New York une fois son dernier film tourné. Durant le voyage, il est acclamé, des réceptions lui sont faites, à Chicago une haie le porte en triomphe, à New York on lui demande de descendre une gare avant du fait de la densité de la foule à son arrêt. Sydney poursuit les démarches auprès de la « Mutual Film Corporation » pour obtenir pour son frère le contrat maximum. Cependant son succès est tel que tous le réclament. Chaplin signe avec la « Mutual Film Corporation » le 26 février 1916 pour réaliser 12 films en un an. Il obtient ce qu’aucun avant lui n’avait pu obtenir : 100 000 $ par semaine et une prime de 150 000 $ ce qui représente dix fois ce qu’il gagnait à la Essanay. Avec lui, sont engagés Edna Purviance ainsi que d’autres compagnons de la Essanay. Un mois après la signature on commence à tourner.
Son premier film fut le Chef de rayon. Dans ce film, Chaplin exploite beaucoup de gags à partir d’un escalier mécanique. Cela traduit sa façon de faire : la méthode consiste à inventer le film au jour le jour. Il arrive au studio sans script. Chaplin habitait une petite chambre du vieil hôtel « Showell » dans le bas de Los Angeles. Chaplin tenait beaucoup du loup solitaire. A cette époque, il rencontra Douglas Fairbanks qui devint par la suite son meilleur ami. C’est aussi pendant la période Mutual qu’il prit un appartement, pût s’acheter une voiture et se payer un chauffeur qui resta dix huit ans à son service. A cette époque il est rempli d’une grande ambition et d’une grande audace. Ses projets témoignent de cette audace : il fonde une affaire d’édition musicale, la Chaplin Music Publishing Company. Il écrit également quelques chansons dont il compose la musique. Le bureau des éditions musicales était tenu par Tom Harrington. Il était l’homme à tout faire de Bern Clarn de La Keystone, ami de Chaplin. Cependant un mois après cette fondation Clarn partit à New York et le bureau ferma. Cependant Harrington devint le valet et le secrétaire de Chaplin et lui devint rapidement indispensable.
Face à une grande fortune beaucoup d’artistes grisés par le succès sont conduits à la facilité. Il n’en n’est rien pour Chaplin. Il accorde à ses films de plus en plus d’exigences et d’attentions. Cependant ses films vont peu à peu traduire la misère de la solitude de l’homme. Devant le flot de personnes l’adulant, il va montrer qu’une seule chose compte réellement : le travail avec ses projets et le contenu. De 1916 à 1917, Chaplin utilisa seize mois (soit plus que convenu) pour réaliser les douze films. Le film est soigneusement préparé, les gags essayés, les scènes de violence soigneusement préparés… Dès à présent dans l’art de Chaplin on attache une grande importance au montage. Il délaisse ses expérimentations romanesques et son personnage de vagabond sauf dans Charlot musicien et Charlot policemen. Il approfondit l’art du burlesque et du mime. Dans Charlot l’usurier il apporte quelque chose de révolutionnaire dans l’art du comique : le détournement des fonctions d’un objet. Dans plusieurs films, Charlot est face au monde du travail, dans d’autres on a la figure de l’alcoolique puis Chaplin éprouve des difficultés à se renouveler. Les tournages des quatre derniers films pour la Mutual lui permettent plus de temps. L’émigrant est considéré comme son premier grand film. Là il reprend le costume de vagabond. Charlot aide une jeune femme sur un bateau d’immigrés en route pour New York. Le cinéaste juxtapose drame et comédie ; Ce film est sans nul doute l’une des grandes œuvres du cinéaste. Il montre bien les conditions de vie des immigrés durant la traversée. J’ai bien aimé la façon dont Chaplin traite la chose, il ajoute une touche comique à une situation qui ne l’est pas. Je trouve habile que Chaplin ait divisé son film en deux parties qui peuvent se juxtaposer sans pour autant se faire suite. Les scènes sur le bateau sont comiques malgré les situations déplorables de traversée que Chaplin s’ingénie à montrer ici. Ensuite, le cinéaste montre parfaitement, les dures conditions de vie des immigrés une fois sur le sol américain, pays de leurs espérances.

III- La montée de la gloire

A- La First National

En 1917 les Etats-Unis entrent en guerre. Alors la presse demanda à Chaplin de s’engager. Cependant il avait été jugé inapte (en raison de son poids) et déclara qu’il servait mieux son pays en tournant des films. La série Mutual n’était pas même achevée que plusieurs compagnies américaines firent des propositions à Chaplin. La Mutual, grâce aux films, avait engrangé de jolis bénéfices. Chaplin signa avec la First Nationnal Exhibition Circuit : Il obtenait un million de dollars pour réaliser huit films en dix huit mois. Chaplin connaît sa valeur mais signe de préférence les contrats qui lui offrent le plus de temps. Mais on a un changement avec la First national ; Chaplin devient son producteur et sa compagnie joue seulement le rôle de distributeur. Chaplin a obtenu son vœu le plus cher : l’indépendance. La fin de l’année 1917 est consacrée à la construction d’un studio au cœur d’Hollywood. Cet immense édifice restera le royaume de Chaplin jusqu’au Feux de la rampe. En attendant sa construction il prend ses premières vacances depuis son arrivée en Amérique. A son retour il brûle de commencer le travail. Le 21 janvier 1918 il marche dans l’allée centrale de son studio chaussé des godillots de Charlot. Il imprime la marque de son héros pour montrer que ce domaine lui appartient. Il fonde avec d’autres la société de production « Chas Chaplin Film C ».
Dans le mois qui suivit, il commença la réalisation de Une vie de chien. La rue montrée dans une vie de chiens donne une idée de l’atmosphère régnant dans un bas fond américain de l’époque. Le burlesque s’articule autour d’une poétique de survie. Charlot devient victime de la société. Chaplin a recours au mélodrame réaliste. Le film est présenté le 27 avril 1918.
Entre temps Chaplin participe à une campagne de propagande pour le troisième emprunt de la liberté. Chaplin sert encore la cause nationale en réalisant un film distribué gratuitement. Ce film est un film de propagande appelé The Bond pour inciter le citoyen à soutenir l’effort de guerre en achetant les « bons pour la liberté ». Il réalise également en 1918 Charlot soldat qui montre la triste réalité de la guerre.
Au cours de l’été 1918, il rencontre Mildred Harris. Elle tournait pour Universal lorsque Chaplin la remarqua. Sa cour fut pressante mais elle-même et sa mère n’envisageaient pas le mariage. Elle n’avait pas encore 16 ans et prétendait être âgée de 17. Un soir, Chaplin lui demande de s’enfuir avec lui ce qu’elle fit. Le mariage eut lieu à Los Angeles le 23 octobre 1918. Ils gagnèrent l’île de Catalina. À son retour à Hollywood, le couple s’installe dans une demeure située au nord de la ville. Après Noël, avec l’accord de Chaplin, Mildred accompagne une amie à New York. Les deux mènent une joyeuse vie et la presse s’en mêle. Chaplin rappelle alors précipitamment sa femme. L’amour chancelait déjà. Mildred annonça alors qu’elle attendait un enfant. Elle ne voulait en rien renoncer aux plaisirs et à sa carrière. Un jour elle se rend à une fête et Chaplin observe son comportement de débauchée. A l’aube lorsqu’elle rentra Chaplin avait déménagé. L’affaire fit scandale. Après moult supplications de sa femme, Chaplin consent à revenir habiter avec elle. Ce premier mariage laissait une impression désagréable à Chaplin. En même temps survinrent des difficultés entre Chaplin et les dirigeants de la First National. Chaplin et d’autres amis se groupèrent pour produire et diffuser leurs œuvres. La création de cette société fut longue et difficile ; par ailleurs Chaplin était encore lié à son contrat qu’il ne peut résilier. La « United Artists » se constituait en juin 1919, Chaplin présente un nouveau film Sunnyside (une idylle aux champs) ; A 30 ans, ses ambitions étaient dépassées et il avait la fortune et la gloire. Un tel homme aurait du être comblé. Mais derrière la face exubérante et taciturne, s’exprime désormais l’inquiétude. Chaplin a connu une enfance des plus pénible et une jeunesse dure. La fortune lui montre désormais le vrai visage de la pauvreté. Il a été en proie à l’humiliation et au dédain. La gloire va lui faire découvrir d’autres choses : l’envie, les calomnies, …
Le 1 juillet 1919 Mildred accouche d’un bébé qui ne vivra que soixante dix heures. Elle reprend sa joyeuse vie. Elle décide de refaire du cinéma, et à l’insu de Chaplin, signe un contrat longue durée. Chaplin le lui reproche violemment. Le 8 avril 1920, la presse rapporte une bagarre. En voyant le producteur avec qui sa femme a signé, Chaplin est envahi par la colère. Les esprits s’échauffent et les deux hommes se battent. La séparation entre Chaplin et sa femme souleva de nombreux commentaires dans la presse. Mildred ne voulait pas divorcer mais finit, en août 1920 par déposer sa demande de divorce avec des accusations pour cruauté mentale. A cette époque, Chaplin terminait les prises de vue du Kid. Craignant pour ses biens Chaplin monte le film en Utah. Techniquement Le Kid est encore un court métrage. Mais c’est le premier grand film de l’auteur. C’est un des plus beaux films sur l’enfance et en filigrane c’est l’enfance de l’auteur qui est racontée. L’enfance misérable pourtant conjurée ressurgit dans la tête de Chaplin avec ce tournage.
Le 19 novembre 1920 le divorce est prononcé et Mildred reçoit beaucoup d’indemnités. Chaplin, libre, se rend à New York où il présente son film. Le film sort le 6 février 1921 et partout dans le monde il suscita une grande émotion. Pour Chaplin, ce film marque un nouveau départ. Le cinéaste montre le vrai visage de Charlot : l’enfant abandonné. Le Kid est une réconciliation entre Chaplin et l’image qu’il a créée. Au printemps 1921, il fait venir sa mère à Hollywood. Il l’installe dans une villa et la fait soigner à domicile. L’opinion publique va quand même reprocher à ce fils indigne de ne pas la prendre sous son propre toit. Son état déprimait Chaplin et il fit la seule chose qu’il était capable de faire : assurer son confort. The Kid avait nécessité un gros effort et, pour se reposer, Chaplin réalise au cours de l’été suivant une petite bande légère, très simple.
En août, Chaplin décide de partir en Europe : il va revoir sa terre natale. A Londres on peut constater l’étendue de sa gloire : des milliers d’admirateurs se pressent autour de lui. Il est parti de ce lieu inconnu, petit comédien ; dix ans plus tard il vient savourer son triomphe. Il se rend sur les lieux de son enfance, s’y sentant pourtant étranger. Ensuite, il se rend en France à Paris. Là il assiste à la première du Kid puis il repart en Angleterre avant de retourner en Amérique. Avant Hollywood, il passe quelques jours à New York. A Hollywood il s’installe dans une villa hispano-mauresque. Hollywood vivait alors les années folles. Le triomphe de Chaplin était là depuis six ou sept ans et il était placé au premier rang sous les feux des projecteurs. L’argent continuait d’affluer à son studio. Dès son retour d’Europe il s’est remis à travailler pour achever son contrat à la First National. Au printemps 1922, il tourne en même temps Jours de Paie (présenté le 2 avril) et Le Pèlerin (réalisation terminée en juillet). Jour de paie est un remake du numéro de l‘ouvrier maladroit que Chaplin interprétait au music hall. Dans le Pèlerin, Charlot est un forçat en fuite et Chaplin dépeint la petite bourgeoisie rurale. A cette époque il décide de se rapprocher de ses amis en se faisant bâtir une immense maison dans le quartier de Beverley Hills. Ce sera sa demeure jusqu’à son départ d’Hollywood. On lui prête alors plusieurs liaisons mais il ne se marie pas. Depuis plusieurs années, Chaplin songeait à réaliser un film dramatique. Mais il doit attendre encore pour réaliser cette idée. Depuis trois ans la United Artists est formée. Chaplin lui donnera un premier film qui sera un drame et dans lequel, pour la première fois, il renonce à son héros Charlot. Chaplin promettait à Edna Purviance un rôle de premier plan qui devait faire d’elle « une star » aux yeux d’Hollywood.

B- Trois Œuvres : L’Opinion publique, La Ruée vers l’or, Le Cirque

En novembre 1922 il commence le tournage de l’Opinion Publique qui durera dix mois. Il n’apparaîtra pas dans ce film hormis dans un plan où il est méconnaissable. Le personnage d’Edna Purviance est Marie St Clair, une provinciale romantique. A Paris, elle devient courtisane puis maîtresse de Pierre Revel, un aristocrate cynique. Chaplin invente dans ce film le procédé du discours indirect. Il voulait donner à son film le titre de Public Opinion (titre français) mais finalement se décida pour A Woman Of Paris. Pour le réaliser, Chaplin impressionna 120 000 mètres de pellicule et le film devait coûter 800 000 $. Mais seul compte aux yeux de Chaplin le résultat ; les moyens de mise en œuvre n’ont pas la même considération. Malgré les énormes moyens mis en œuvre, les plans sont brefs, et en somme le film présente une grande sobriété. Chaplin emploie en abondance l’art de suggestion afin que le spectateur suive sa pensée. Il veut donner de l’émotion au drame sans montrer cette émotion. De plus, Chaplin travaille avec la psychologie. Des plans très brefs peuvent dire beaucoup de choses. L’ironie du sort est partout présente dans ce film. Une autre chose est surprenante : c’est le temps. La durée se disloque totalement. Dans des films habituels, l’intrigue se déroule, or ici on a une suite de « moments » juxtaposés qui ne se succèdent pas dans le temps et pourtant on a l’impression soit qu’ils se succèdent soit qu’ils sont simultanés. Chaplin donne dans ce film une peinture sociale de l’époque. A la fin du film, seul le drame est clos, les héros sont abandonnés à la vie. L’Opinion Publique n’a pas remporté un grand succès mais a donné un nouveau souffle au cinéma muet. En fait, le film a été totalement incompris surtout en Amérique. La voie était tracée pour les drames psychologiques. Chaplin ouvre la voie au cinéma psychologique.Il marque aussi les limites du cinéma muet. En effet, les sous titres abondent et montrent que la parole eût été nécessaire. Malgré toutes ces subtilités, ce film, dont on espérait qu’il allait remplir les caisses, fut un échec cinglant. Cependant le succès devant l’élite intellectuelle et la critique apporte à Chaplin une certaine satisfaction. Ce film met un terme définitif à la relation privée entre Chaplin et son actrice, Edna Purviance.
Après la sortie de l’opinion publique et son échec, Chaplin comprend que, pour renouer avec le succès, il doit réendosser la panoplie du vagabond. Cela va être réalisé dans la ruée vers l’or. L’idée de ce film provient du récit macabre d’immigrants sur le sol américain du milieu du XIXe siècle égarés dans la montagne à la suite d’une tempête de neige. Pour survivre, certains durent manger leurs chaussures et d’autres durent se livrer à l’anthropophagie. Chaplin est ici fidèle à son principe comme quoi la comédie peut aller avec la tragédie. Il imagine des séquences où son héros, Charlot, chercheur d’or en Alaska se retrouve prisonnier avec deux aventuriers affamés dans une cabane en pleine tempête. La réalisation commence en 1923 et va durer dix huit mois, c’est l’un des films les plus coûteux et les plus ambitieux. Il va filmer des extérieurs dans le Grand Nord profitant d’un hiver rigoureux. Malgré tout, la majeure partie de ce film est tournée en studio. Là des décorateurs recréent des massifs enneigés sous le soleil de Californie. Des techniciens vont fabriquer une cabane avec une structure pivotante pour la séquence où elle se retrouve au bord d’un précipice. Lita Grey est engagée pour remplacer Edna Purviance. Chaplin n’est pas insensible à son charme et est contraint de l’épouser pendant le tournage par crainte d’un scandale. En effet, elle est tombée enceinte. La remplaçante à Lita Grey sera Georgia Hale. Le film est un triomphe. Chaplin considère à juste titre que ce film lui survivra. Le personnage de Charlot possède désormais un grand raffinement ce qui lui permet d’affronter son monde brutal et de triompher des épreuves. La poésie du film permet une critique du rêve américain, de la fameuse ruée vers l’or dont le film porte le nom. Il critique ce rêve que Chaplin a pourtant incarné. La fin est un happy end : Charlot remet ses vieilles frusques et la jeune fille le reconnaît. Cependant, cela se teinte d’amertume. Le cinéaste montre son aliénation pour un personnage qui lui colle à la peau. Ce film m’a beaucoup plus. Certains passages font rire aux larmes. La scène où Charlot mange sa chaussure est particulièrement comique. Cependant, je trouve ce film plus sérieux, moins léger en comparaison à d’autres comme le cirque qui semble plus insouciant. Chaplin montre bien dans ce film que son personnage est son ombre : Charlot est devenu riche (certes par le hasard) comme son créateur. Je trouve que Chaplin montre bien le rêve américain qui conduisit plusieurs personnes en Alaska pour trouver de l’or et qui souvent n’a mené les chercheurs que vers la douleur.
Le Cirque semble une œuvre simple mais il n’en est rien. Les deux longs métrages précédents de Chaplin n’ont en réalité servi qu’à modifier l’image de Charlot. Ce film est le dernier tourné muet. Il épure donc son personnage. En le faisant clown, il rend hommage à l’art populaire source de son inspiration de jadis. Le Cirque débute par des séquences dont la cadence renoue avec celles des courts métrages des années 1910. On a cependant une distance avec le burlesque traditionnel. Le Cirque constitue une réflexion sur le spectacle en général et sur le statut d’amuseur public de Chaplin. Le film met en danger le personnage tout en le glorifiant : Charlot n’est pas un bon clown quand il veut le faire et déçoit ses collègues mais fait rire le public de cinéma de ses maladresses. Cette mise en danger s’exprime ailleurs : aucun trucage n’est utilisé quand Charlot est enfermé dans la cage avec le lion. La peur dans le regard de l’acteur n’est pas mimée. Quand il joue le funambule, Charlot fait preuve d’une réelle adresse : il gagne le respect du public du cirque et enthousiasme celui du cinéma. Le public est alors conscient que Chaplin reste le maître dans l’art du burlesque. Dans ce film, Chaplin réalise un film théorique où il règle ses comptes avec le genre burlesque. Il signe là une de ses comédies les plus drôles. Malgré tout, le tournage lui laisse un mauvais souvenir. Le tournage eut lieu sur deux ans : de la fin 1925 à la fin 1927 environ. La réalisation est plusieurs fois interrompue : une fois, un incendie ravage le chapiteau, une tempête détruit les décors, les prises de vues sont rayées en laboratoire. De plus son divorce avec Lita Grey qui lui a donné deux enfants anéantit le cinéaste. Lita Grey rédige un document accusant le cinéaste de cruauté mentale et de perversion sexuelle (entre autre). Le document est utilisé dans la presse et l’opinion publique s’en mêle. Les films de Chaplin sont boycottés dans des Etats. Finalement, la justice place les studios de Chaplin sous contrôle. Chaplin finit par sortir miraculeusement intact de ce battage médiatique. Après une interruption de dix mois dans le tournage du Cirque, il reprend le travail. J’ai beaucoup apprécié ce film. C’est un des films de Chaplin que j’ai préféré. En effet, je le trouve mieux travaillé sur les gags. Les gags ne reviennent pas en chaîne. Une situation donnée donne lieu à de multiples gags et cela déclenche le rire. La scène ou Charlot est dans la cage au lion est particulièrement réussi sur le plan comique. Je trouve les poursuites admirables. Chaplin réalise cela avec un aisance qui me stupéfait. Son art est tel que l’on a l’impression d’avoir une situation réelle sous les yeux. J’aime beaucoup le style de Chaplin quand il fait le clown. C’est vraiment surprenant de constater son imagination sans borne en ce qui concerne le comique.





IV- Vers le parlant, trois œuvres exprimant de profonds sentiments : Les Lumières de la Ville, Les Temps Modernes, Le Dictateur

A- Les Lumières de la ville

Un an avant le cirque, Alan Crossland sort un film parlant. Le chanteur de Jazz est considéré comme le premier film parlant. La technique se perfectionne rapidement et l’empire hollywoodien doit s’adapter sous peine de tomber. L’emphase du muet parait soudain ridicule. Mais Chaplin refuse catégoriquement l’entrée du parlant dans son cinéma. Il pense que ce serait un coup à son style et à son personnage. Grâce à sa popularité, Chaplin réalise un nouveau film muet. Mais il change ses habitudes : il travaille plusieurs mois sur le scénario. En janvier 1928, il arrive au studio et il a déjà la fin du film en tête. Il se met au travail avec la hantise d’être rejeté par le public qui plébiscite désormais les films parlants. Ses collaborateurs étaient habitués aux doutes et au caractère lunatique de Chaplin mais l’anxiété le rongeant est une surprise pour eux. Au fil des mois, Chaplin peaufine toutes les séquences. Il réalise des centaines de prises pour trouver le geste ou le regard parfait. En exemple de cette obsession de la perfection : un millier de prise seront faites pour la scène de la rencontre entre le vagabond et la fleuriste. Trois années durant, Chaplin va s’épuiser à trouver la perfection ultime pour son film. Le montage de ce chef d’œuvre est terminé à la fin 1930. Pourtant l’époque des films muets accompagnés par un pianiste semble être révolue. C’est alors que Chaplin utilise une nouvelle ruse : il compose la musique du film. Le film Les Lumières de la Ville est présenté dans le monde dès février 1931. Le film représente la perfection incarnée. L’harmonie entre le mélodrame et la comédie, tant recherchée par Chaplin est ici parfaitement réalisée. L’émotion étrangle parfois le rire. Par ailleurs, le film habité par la confiance aveugle de Chaplin en l’expressivité du muet. Des jeux de regards d’apparence simpliste font naître dans certains plans de profondes émotions. L’émotion est poussée à un niveau extrêmement élevé. Pourtant, dans ce film, le pessimisme est très présent. Chaplin a réussi son but : le film est digne des plus grandes tragédies.
Le récit du film se fonde sur des confusions d’identité. Le millionnaire ivre aime Charlot la nuit mais ne le reconnaît pas au petit matin et le chasse. La fleuriste aveugle prend Charlot pour un millionnaire. Cependant à la fin, quand elle a recouvert la vue, elle veut lui faire l’aumône. En effleurant ses doigts, elle reconnaît en lui son bienfaiteur qui est en fait un clochard. La fin est magnifique et le spectateur est en proie au doute : la jeune fille pleure-t-elle de joie ou pleure-t-elle de désespoir ? Est elle heureuse d’avoir retrouvé le prince charmant ou est elle malheureuse de constater qu’il n’est rien de moins qu’un clochard ? On ne saura probablement jamais. J’ai moins aimé ce film que les précédents. Je trouve que Chaplin exacerbe trop les émotions. Le comique n’est plus le même. Il a laissé le burlesque derrière lui pour réaliser son rêve : faire la synthèse entre la tragédie et la comédie.Cependant j’aime beaucoup les jeux de gestes et les regards. Les émotions passent très bien dans ce film. Chaplin montre que le cinéma muet peut encore triompher sur le parlant. Tout son art est mis au service de la cause de son muet. Le résultat reste remarquable mais le comique est celui de répétition. Je trouve cela dommage, les gags se répètent parfois jusqu’à cinq fois avant de s’arrêter. En revanche la beauté du thème et la traduction des sentiments est exceptionnelle. On pourrait presque deviner les paroles qui se disent entre les personnages. Beaucoup de scènes sont bouleversantes et on ne peut s’empêcher de compatir. La jeune fleuriste aveugle est une image qui évoque des sentiments forts chez le spectateur. Ce film reste tout de même un chef d’œuvre du cinéma muet qui se bat face à la montée de son frère, le cinéma parlant, qui ne tardera pas à l’évincer.

B- Les Temps Modernes

Chaplin réitère le comportement qu’il avait eu dix ans auparavant : épuisé par le tournage des Lumières de la ville, il prend des « vacances ». Il retourne en Angleterre pour présenter son film. Le voyage devait durer quelques semaines mais il va en réalité durer dix huit mois. Dans toutes les capitales européennes, Chaplin va assister à son triomphe En premier lieu, il séjourne quelques semaines dans la maison de Churchill. Il va rencontrer de grandes personnalités de l’époque comme l’économiste Keynes auprès duquel il va développer ses convictions économiques. Il va également rencontrer Einstein, et ensemble ils vont discourir sur la montée du nationalisme. Il va même rencontrer Gandhi à Londres. Après un séjour en Asie, il retourne à Los Angeles. Là il ne se reconnaît plus dans l’empire hollywoodien qu’il a beaucoup aidé a bâtir. Il hésite alors à commencer la réalisation d’un nouveau film muet.
Depuis la crise de 1929, le vagabond symbolise la misère due au chômage. Chaplin s’engage en faveur du New Deal dont il pense que c’est une bonne issue à la crise. Dans la presse il rédige des articles qui prouvent que ses opinions proches de celles du président Roosevelt. Il a peur que le capitalisme ne fasse qu’accentuer le chômage, de même pour l’utilisation des machines dans les entreprises. Avec ses préoccupations d’ordre politique et économique, il démarre la réalisation des Temps Modernes en septembre 1935 soit plus de quatre ans après la sortie de son dernier film. Le tournage va durer cinq mois. Le vagabond est de retour et est cette fois ouvrier. Il a donc un statut social propre. On lui impose dans l’usine le rythme à la chaîne qui le conduit progressivement vers la folie. Les premières séquences cristallisent le genre burlesque. Les spasmes agitant le corps de Charlot lors de son travail est une façon de montrer avec du comique et avec un caractère effrayant les répercutions du taylorisme. Dans toutes ces séquences, Chaplin utilise beaucoup d’effets sonores mais reste fidèle à son cinéma muet. Le recours au muet dans ce film permet de radicaliser la pensée de Chaplin sur la société. On a une critique du capitalisme mais aussi une observation sombre de l’automatisation de l’ouvrier. Ainsi tout est muet et la seule chose que l’on entend, ce sont des ordres émanant du chef qui s’exprime sur les écrans. Le reste du film est fondé sur une suite de séquences comme une compilation de courts métrages. Le vagabond lutte pour survivre dans un monde dont il refuse les lois. Chaplin évite pourtant de placer Charlot dans un mouvement politique. C’est le simple hasard qui va mener Charlot à prendre la tête d’une manifestation. La dimension politique du film est dérangeante et complexe : les personnages ne luttent pas pour changer un monde qu’ils n’apprécient pas, ils ne se révoltent pas. Le dernier plan montre Charlot et la gamine qui s’éloignent. On a là un bel épilogue à vingt cinq ans d’aventures. Chaplin exalte l’art de se débrouiller qui est un moyen pour Charlot de survivre dans un monde qui est fou. Pareillement, j’aime moins ce film que les précédents. Je trouve que Chaplin a abandonné la légèreté dont ils savaient agrémenter ses films. Ainsi, le sujet est trop sérieux. Certes le comique est là mais je trouve qu’il n’est plus le même que dans ces film d’autrefois. Je trouve que son art dans le cinéma muet s’essouffle. Avec ce film, les gags surtout on a une impression de « déjà vu ». Cependant, je trouve que l’art de Chaplin sert ici une grande cause : la dénonciation du Fordisme. J’aime beaucoup sa façon de traiter le sujet. Il le montre sans pour autant ne montrer que ça. Il utilise d’autres choses à côté pour que le spectateur se rendre mieux compte de la situation. Je trouve que dans ce film, Chaplin fait preuve d’une grande habileté pour montrer les dures réalités du quotidien des classes socialement défavorisées. Malgré cette prodigieuse mise en scène, les gags sont les mêmes. Malgré tout le film est une des grandes œuvres de l’histoire du cinéma et constitue une dénonciation extrêmement célèbre des conditions de travail des ouvriers d’usine.



C- Le début du parlant avec le Dictateur

Après ce film, Chaplin est convaincu qu’il ne peut plus réaliser de films muets. Il range maintenant le costume du vagabond. Plus de deux ans après la sortie des Temps Modernes, en 1938, il écrit Le Dictateur. Par ce film, le cinéaste désire affirmer sa volonté de combattre Hitler. Il va utiliser une de ses armes les plus redoutables : le burlesque. Chaplin va faire vivre une dernière fois son héros, Charlot : les caricaturistes ont remarqué la ressemblance par la moustache entre Charlot et Hitler. De plus, Charlot pourrait être juif bien que son créateur ne le soit pas. Dans ce film cependant, fi du vagabond, Charlot sera le barbier juif. L’image du vagabond est morte De plus, on va avoir un double de ce petit barbier, un sosie : il s’agit du dictateur Hynkel interprété aussi par Chaplin.
Le tournage de ce film commence en 1939. Chaplin va scinder la réalisation en deux. D’abord il va réaliser les prises de vue du barbier juif dans le ghetto puis, quelques mois plus tard, il va réaliser les scènes avec Hynkel. L’acteur s’engage corps et âme dans son imitation et elle est fort bien réussie. Chaplin témoigne d’un génie exceptionnel .Il avait compris qu’il pouvait s’attaquer à Hitler s’il avait un terrain commun. Ce terrain, c’est le spectacle. En effet que fait le régime d’Hitler sinon donner des spectacles macabres ? Part l’art du mime et la gestuelle, Chaplin rend Hynkel complètement ridicule. Mais le film n’est pas une farce qui viserait à faire le clair sur la figure du dictateur. La barbarie du dictateur est traduite par sa parole et donc au travers du discours. La violence et la brutalité des mots font ployer les micros devant le dictateur, de même les mots sortant du haut parleur font peur au barbier qui se barricade chez lui. Puisque Hynkel parle, il faut que le barbier parle. C’est la première fois que le personnage de Charlot parle dans un film et s’adresse au spectateur en le regardant au travers de la caméra.Chaplin a besoin que le barbier remplace Hynkel devant la tribune, ce qui compte c’est que Charlot soit affublé des habits du dictateur. Chaplin parle d’abord d’un ton timide puis s’enflamme, il prononce un discours humaniste en faveur des valeurs démocratiques qui dure plus de six minutes.
Le film sort en salle en octobre 1940 et en 1945 en France. Ce film restera dans l’histoire comme un geste artistique et politique exceptionnel. A l’époque pourtant, le film est accueilli froidement : en effet il dérange l’Amérique qui ne veut pas entrer en guerre. Par ailleurs le discours sincère qui clôt le film est mal compris par les deux partis. La gauche le trouve naïf et la droite y voit une provocation communiste. Le film creuse un malentendu qui germe depuis plusieurs années entre Chaplin et l’Amérique. Ce film représente à mes yeux tout le génie de Chaplin. Il a eu un immense courage en réalisant ce film. Il a voulu bousculer les mentalités américaines. Je trouve la caricature de Hitler absolument géniale. Celle de Mussolini est parfaite aussi. Chaplin a le courage de mettre aux yeux de tous ce que tous refusent de voir : l’ignoble traitement infligé aux juifs. A mon sens, ce film est celui où Chaplin manifeste le plus grand courage et expose le plus clairement ses opinions politiques. La gestuelle et la parole de Hitler sont sublimement caricaturées. En effet cela témoigne parfaitement de ce qui se produisait alors en Allemagne nazie. J’aime beaucoup la malice de Chaplin au début où il dit que toute ressemblance entre le barbier et Hynkel est fortuite. Cependant je m’étonne qu’un si grand chef d’œuvre n’ait pas reçu la gloire qu’il méritait. J’ai beaucoup apprécié le comportement de Mussolini à l’égard de Hitler. Chaplin en profite encore pour railler le dictateur. Chaplin utilise à merveille le langage de Hynkel, c’est une langue qui dans ses sonorités laisse apparaître une extrême violence et une grande folie. Chaplin a su parfaitement dénoncer les atrocités et le comportement de l’Allemagne nazie et plus particulièrement de Hitler.

V- Vers la fin, deux œuvres et le contexte : Mr. Verdoux, Les Feux de la rampe

A- Mr Verdoux

Au fil des années, l’image de Chaplin a été souillée par diverses affaires. La presse à scandale, à cause de ses deux divorces (avec Mildred Harris puis Lita Grey) le juge comme un milliardaire pervers. Cette image est renforcée par ses ex-compagnes qui publient des ouvrages dans lesquels, elles s’ingénient à montrer Chaplin comme un être tyrannique et névrosé. Par ailleurs, à cause de ses derniers films, on pense que l’idéologie communiste ne laisse pas insensible le célèbre cinéaste. D’ailleurs, il a toujours manifesté de l’intérêt pour cette idéologie. Les incompréhensions naissantes entre le peuple américain et Chaplin sont fortement accentuées par la sortie des Temps Modernes et du Dictateur et l’engagement de Chaplin pour la politique du New Deal.
Chaplin, affublé de l’image du clown faisant naître le rire n’est plus. Désormais, l’image qui lui est prêtée est jugée extrêmement dangereuse. L’Amérique qui avait porté le cinéaste en triomphe se met soudain, pendant les années 1940, à l’accabler de nombreux maux. Durant l’été 1941, dans cette période trouble, il rencontre Joan Barry âgée de dix sept ans avec qui une relation amoureuse s’installe. En même temps il signe un contrat pour un film. Cependant, Chaplin se rend vite que sa situation psychologique est pour le moins instable. Il décide donc de mettre un terme à sa relation. Quelque mois plus tard, Joan Barry entre chez lui avec un fusil et Chaplin est contraint d’appeler la police. En juin 1943, Joan Barry le poursuit en justice pour non - reconnaissance de paternité. Mais ces accusations sont infondées : des tests prouvent que Chaplin n’est pas le père. Et pourtant, soutenue par la presse désormais déchaînée contre leur ancienne idole, l’avocat de Barry remet en cause la fiabilité des tests. Le procès spectacle à lieu et le Grand Jury fédéral, poussé par l’avocat de Barry, accuse le cinéaste d’avoir violé une loi datant de 1910 : le Mann Act. Cette loi est destinée à combattre la prostitution et, pour cette violation, Chaplin encoure une peine de prison. Mais pour cette violation, il est innocenté et doit quand même verser une pension à l’enfant de Barry.
En fait, si ces attaques furent si virulentes, c’est à cause du contexte historique. En effet, il existait une organisation, la Commission des activités antiaméricaines, qui n’appréciait guère Chaplin. De plus, Chaplin va renforcer les convictions de cette commission lorsque, en 1942, lors de l’invasion de l’URSS, il prononce un discours pour l’ouverture d’un nouveau front à l’est. A partir de là, l’image de Chaplin est différente : il est devenu un « artiste bolchevique ». En cette période de grands maux, deux choses vont venir réconforter le cinéaste affaibli. En juin 1943, il se marie une nouvelle fois avec Oona O’Neill, fille d’un dramaturge. Ce mariage sera heureux, sa femme restera à ses côtés jusqu’à sa mort. De plus, la seconde chose capable de réconforter le cinéaste est le travail. A cette époque, il travaille sur le scénario de Mr Verdoux. Un an auparavant, en 1942, Orson Welles lui fait part de sa volonté de produire un film sur la figure du criminel Landru. Chaplin est enthousiasmé par l’idée et signe un accord avec Welles stipulant que son nom apparaîtra au générique comme étant l’origine de l’idée. Ainsi, Chaplin écrit une comédie autour de Landru. Plusieurs titres vont être choisis (Landru, Barbe - Bleue), mais finalement Mr Verdoux est choisi comme titre. Le script est ensuite donné au Breen Office, comité de censure, qui examine avec une intense minutie toutes les lignes. Finalement, la réalisation débute en juin 1946. Depuis le début de sa carrière, Charlot était au côté du cinéaste. Hors ici, pour la première fois, Chaplin interprète le rôle principal sans son héros. Charlot proprement dit n’est plus. Cette fois ci, l’ancienne méthode de Chaplin ne peut avoir lieu, il arrive désormais au studio avec un découpage détaillé et un texte. Le tournage est réalisé en à peine trois mois. La mise en scène est rigoureuse et magnifique. Malgré tout ce film surprend les admirateurs du cinéaste, ils voient un film amer qui montre les rapports difficiles entre Chaplin et l’Amérique. Pourtant, c’est une continuation de l’œuvre du cinéaste. Mr. Verdoux incarne la part obscure du vagabond, le personnage de Mr. Verdoux est une transposition du Charlot des premiers temps. Mr Verdoux tue pour survivre et s’intégrer dans la société. De plus le personnage n’est pas un héros, pas plus qu’une figure de contestation. C’est un homme qui échoue. En ce sens, le film dérange : il révèle les dysfonctionnements du système social. Dès la première à New York, le film est hué. La conférence de presse a lieu le lendemain et est particulièrement orageuse. Les questions se portent sur les sympathies communistes du cinéaste. Un représentant des combattants catholiques accuse Chaplin de salir l’image de l’Amérique. On s’accorde sur un point : Chaplin aurait dû continuer avec Charlot et les comédies. La campagne de dénigrement engagé contre Chaplin avant Mr Verdoux ne s’arrête pas avec la sortie de ce nouveau film.
Avec la guerre froide, l’Amérique paranoïaque s’en prend à Chaplin qui devient vite l’une de leurs cibles préférées. Le peuple américain vilipende leur ancien héros qui n’a jamais souhaité obtenir la nationalité américaine. John Rankin exige au Congrès l’expulsion de Chaplin et le boycott de ses films. En juillet 1947, Chaplin n’accepte pas de comparaître devant la Commission des activités antiaméricaines. Dans la presse, il écrit un texte pour que les gens en regardant Mr. Verdoux s’aperçoivent qu’il s’agit seulement d’un film contre la guerre et les massacres. Chaplin ne cède pourtant pas devant toutes les campagnes d’intimidation dont il est l’objet et quelques mois plus tard, il crie au scandale contre l’expulsion de son ami, le compositeur allemand Hans Eisler. C’est un réfugié d’Allemagne nazie accusé d’être sympathisant avec l’idéologie communisme. Pour lutter contre cette injustice, il demande à Picasso d’organiser une manifestation devant l’ambassade américaine à Paris. L’association des anciens combattants catholiques l’accuse alors de trahir son pays en faisant appel à un homme dont chacun connaît ses convictions communistes. Chaplin envisage alors de tourner Les feux de la rampe en Angleterre. Il veut aller faire du repérage dans les rues de son enfance mais il doit demander un visa de retour obligatoire. Pour obtenir cela, il doit être soumis à un interrogatoire du F.B.I qui l’interroge sur ses mœurs sexuelles. Mais ce qui affecte surtout Chaplin, c’est la réaction du public. L’incompréhension suscitée par Mr. Verdoux montre le détournement du public de lui. Il annonce alors à ses collaborateurs que Les Feux de la rampe sera son dernier et son plus grand film.

B- Les Feux de la rampe

Chaplin situe l’histoire de son film au début du siècle, il raconte les derniers jours d’un clown déchu en compagnie d’une ballerine suicidaire. Par cette situation, il se réfugie dans le Londres de son enfance et de sa jeunesse. Il se rappelle Londres au temps des spectacles de Fred Karno et des musics – halls. Les Feux de la rampe n’est pas une simple évocation nostalgique, il s’agit également d’une œuvre testamentaire. Ce film surprend par sa noirceur et sa mélancolie. Chaplin vit toujours dans la hantise du rejet du public. A travers son personnage, Calvero, il tente d’exorciser cette peur. Le vagabond, Charlot, (interprété par Chaplin) était un personnage, un héros immuable, qui avait traversé le temps sans que celui-ci ne lui porte atteinte. Cependant, lorsque Calvero se démaquille, on voit le visage que le temps n’a pas épargné de celui qui se cachait derrière Charlot. Comme sa mère avait subi, soixante ans plus tôt les huées du public, Chaplin montre Calvero en proie à cette hargne. A la fin du film, Calvero, lors d’une fête de charité organisé en son honneur, exécute une pirouette et atterrit dans une grosse caisse mais il est victime d’une crise cardiaque. La fin est fatale, pathétique mais Calvero meurt avec la gloire retrouvée. Le thème de la déchéance n’est pas le seul présent dans ce film. On a aussi un éloge de la jeunesse qui représente le symbole de l’espoir. Dans le dernier plan, Chaplin montre sa propre mort, la mort d’un artiste hué et rejeté par le public. Ce film présente une forme d’adieux. Je trouve que ce film montre vraiment le talent de Chaplin. Tout semble y être parfait, les gestes s’accommodent parfaitement à l’action, les paroles sont bien choisies. Ce film est extrêmement sentimental, on ne peut pas rester insensible en le regardant. J’aime beaucoup le clown, Calvero, il y a une part de Charlot en lui. Pour moi ce sont là les adieux de Chaplin à Charlot, en effet Calvero meurt à la fin.
Chaplin veut d’abord présenter ce film en Angleterre et il s’embarque pour Londres en compagnie de sa femme et de ses enfants. Cependant la haine sans borne de l’Amérique lui réserve une autre surprise : durant la traversée, un message parvient au capitaine : le visa de retour de Chaplin est annulé. Si, un jour il revient en Amérique il sera arrêté le temps de vérifier si il est « admissible selon les lois des Etats-Unis ». Malgré ce rejet, l’Europe lui réserve un bon accueil. Il décide finalement de rester en exil dans ce pays. Sa femme, en retournant en Californie pour régler certaines affaires, constate un spectacle désolant. Le F.B.I interroge les collaborateurs du cinéaste et les studios ainsi que les parts de la United Artists sont mis en vente. Pourtant, Chaplin justifie son choix dans la presse de ne pas retourner en Amérique. La famille de Chaplin se retire en Suisse mais le réalisateur ne veut pas encore prendre sa retraite. Il va encore tourner deux films : un roi a New York et la comtesse de Hong Kong.

VI- Ultimes réalisations

A- Un roi à New York

Le scénario du film demande à Chaplin deux ans pour l’écrire. La réalisation est relativement rapide, elle se fait en onze semaines à Londres. Le film est réalisé en 1956. Les Feux de la rampe clôturait l’œuvre du cinéaste. Maintenant, Un roi à New York jette un regard philosophique sur le monde qui l’entoure. Le film raconte l’histoire d’un roi déchu, Shadov, à présent en exil à New York. Ce dernier découvre les travers et les errements du pays dans lequel il s’est réfugié. Ce film constitue une critique du maccarthysme (politique de délation et de persécution menée aux Etats-Unis dans les années 1950 contre les personnes taxée de sympathie communiste : c’est la fameuse « chasse aux sorcières »). De plus cette critique, du fait de la contemporanéité de la chose, est encore plus féroce.
Mais, dans ce film, Chaplin est également un visionnaire : il dresse une satire visionnaire des dérives démocratiques dues à la trop grande médiatisation. Chaplin nous peint là un monde extrêmement noir avec un humour parfois absurde. L’un des personnages d’enfant les plus tragiques du cinéma est joué par son propre fils, Michael. Son innocence est violée lorsqu’il est contraint de dénoncer des communistes pour sauver ses propres parents. Chaplin nous donne ici une réflexion sur le comique qui est un moyen de résister contre toutes pressions idéologiques. Ce film n’intéresse presque personne et le public américain le découvrira seulement vingt ans après l’Europe. En 1959, Chaplin retrouve trois courts métrages qu’il a réalisé pour la First National. Il désire de nouveau réaliser un film avec Charlot. En 1964, le succès de son autobiographie l’incite à réaliser un nouveau film. Il va effectivement réaliser son film mais ce sera le dernier.

B- La Comtesse de Hong – Kong

Chaplin ressort un vieux script écrit par Paulette Goddard dans les années 1930. Il va réaliser ce script. En 1966, il réalise ce film qui raconte l’histoire d’amour improbable entre un milliardaire volage et une prostituée russe. Ils se rencontrent sur un paquebot, c’est tout à fait dans l’esprit des comédies hollywoodiennes des années 1940. Pour la première fois, il travaille avec des stars internationales. Avec ce tournage, Chaplin effectue une cure de jouvence. Pourtant les acteurs ne comprennent pas grand-chose aux directives du grand cinéaste ni à la psychologie de son personnage. Chaplin se soucie peu de psychologie, de narration et de dialogues. La seule chose qui le réjouit, c’est de mimer les gestes et les attitudes des personnages. A la première semaine, Chaplin veut se contenter d’un petit rôle, celui d’un steward en proie au mal de mer. Ce personnage est tout à fait typique de l’époque Mutual. Ce film est l’ultime tour de piste de la carrière de Chaplin qui aura tout de même duré soixante années. La Comtesse de Hong - Kong est un éloge du genre burlesque. La beauté contribue à rendre la folie du siècle moins insouciante. Pourtant le film ne suscite, dans le meilleur des cas, qu’une indifférence polie. Cette indifférence affecte profondément le cinéaste. Pourtant pendant quelques mois, il travaille sur le scénario de The Freak. Au début des années 1970, il compose des musiques pour acompagner la sortie de ses vieux films comme le Kid ou l’Opinion Publique. Fidèle à son exigence, il coupe certaines scènes qu’ils jugent trop vieilles.
Durant les dernières années de sa vie, Chaplin voyage en compagnie de sa femme dans le monde entier pour recevoir des récompenses et des honneurs de toutes sortes. En 1972, il hésite mais finit par accepter l’invitation de l’Académie des Oscars ; Hollywood a fait amende honorable finalement. Chaplin est conscient de l’ironie de la situation mais reçoit son oscar d’honneur. Il semble perdu au milieu de tous ces étrangers dans les soirées. Chaplin vit ensuite reclus dans son manoir en Suisse dont il ne sort que pour aller en promenade dans la campagne en compagnie de sa femme. Chaplin s’éteint en 1977.dans la nuit de Noël : il avait 88 ans.


Longue fut la vie de Chaplin et son œuvre est monumentale. Chaplin est l’archétype même du « self-make man », image chère à l’Amérique. Ainsi, il est parti de rien, un enfance misérable, et est arrivé au sommet de la gloire. Pourtant cette gloire s’est tarie et Chaplin, victime de l’envie, a été la proie des pires attaques. Malgré la noirceur qui caractérise certaines périodes de sa vie, ses films sont toujours des chefs d’œuvres.
Chaplin a su s’adapter au cinéma parlant malgré une résistance obstinée à cette technique. C’est un réalisateur qui n’est pas tombé dans l’oubli lors de l’apparition de cette technique, contrairement à d’autres qui n’ont pas eu ce génie.
J’aime beaucoup les premiers courts métrages de Chaplin, ils font beaucoup rire. Ses films peignent souvent avec force sentiments la dure réalité de la vie et Charlot, souvent archétype du vagabond, montre une misère noire celle là même que Chaplin a connu pendant son enfance. Certains films comme les Temps Modernes ou le Dictateur critiquent amèrement certains aspects sociaux et politiques. Le Dictateur constitue une œuvre témoignant d’un grand courage : quand l’Amérique ne voulait pas entrer en guerre contre la barbarie nazie, Chaplin trouve la force de dénoncer l’Allemagne nazie et pousse l’Amérique à l’action.
Mais l’Amérique n’a pas été reconnaissante envers le grand talent et le génie de Chaplin et a rejeté ce cinéaste. Malgré une fin de vie loin des projecteurs, Chaplin laisse une empreinte durable dans l’histoire. Charlot est une image universelle et son apparition fait toujours rire et naître les émotions.


Sam 5 Jan - 16:36 (2008)
Divine Comedie
Picture"s Lord


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Message Charles Chaplin Répondre en citant
                      He bien, tu pourra dire a Elessetc... que faire un copier coller de son dossier d'Histoire des Arts c'est pas la meilleur idée qu'il ait eu... Sinon, je peux mettre le mien de dossier, il a eu 18/20 donc sa devrait bien aller en plus moi j'ai des photos, ça fait plus jolie (très important la présentation) ... 



Sam 5 Jan - 17:34 (2008)
Elessar
Invité





Message Charles Chaplin Répondre en citant
Ok je le poste a ta place :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Statue_de_la_libert%C3%A9

Si absolution veut me donner son sujet, je posterai son dossier...


Sam 5 Jan - 17:38 (2008)
Divine Comedie
Picture"s Lord


Inscrit le: 08 Déc 2007
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Message Charles Chaplin Répondre en citant
            Jolie mec, à croire que les profs ont pas pensé à vérifier.... Sinon je reconnais que s'est bien fait, ha c'est trop grave de toute manière je vais me planter au prochain.... Aussi bien que sur le premier. Mais dis moi toi t'étais pas parti, c'est ce qu'il me semblais 



Sam 5 Jan - 18:03 (2008)
Elessar
Invité





Message Charles Chaplin Répondre en citant
Ouais, enfin, maintenant absolution file moi ton sujet. Que j'aime wikipédia. Je vais partir après ce message (peut être). Et les amis histoire des arts, wiki est votre bible, n'est ce pas ? Me dites pas non, je le sais bien...


Sam 5 Jan - 18:07 (2008)
Syd
Sgt. Pepper


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Message Charles Chaplin Répondre en citant
Le sujet d'Abso c'était L'assasinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Voila le wiki: http://fr.wikipedia.org/wiki/L'Assassinat_de_Jesse_James_par_le_l%C3%A2che_…

Pas vraiment de quoi faire un dossier d'Hida ...


Sam 5 Jan - 18:47 (2008)
Divine Comedie
Picture"s Lord


Inscrit le: 08 Déc 2007
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Message Charles Chaplin Répondre en citant
        ça c'est assez marrant........ elessetc s'est encore craqué sa devient de plus en plus fréquent.


Sam 5 Jan - 18:50 (2008)
Absolution
ModéraTueur


Inscrit le: 24 Nov 2007
Messages: 432
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Message Charles Chaplin Répondre en citant
 
Citation:
 Ouais, enfin, maintenant absolution file moi ton sujet. Que j'aime wikipédia. Je vais partir après ce message (peut être). Et les amis histoire des arts, wiki est votre bible, n'est ce pas ? Me dites pas non, je le sais bien...
_________________
Tu veux qu'on passe voir la section histoire ou c'est bon?

_________________
" Le cynique, c'est celui qui sait que tout a un prix mais que rien n'a de valeur " O.Wilde

"Déplaire est mon plaisir ; j'aime qu'on me haïsse !" , Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand.

Sam 5 Jan - 21:12 (2008)
Elessar
Invité





Message Charles Chaplin Répondre en citant
Fais, je t'en prie. Tout ce qu'a posté karahir est de ma main. Tu veux la bibliographie ?


Sam 5 Jan - 21:14 (2008)
Absolution
ModéraTueur


Inscrit le: 24 Nov 2007
Messages: 432
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Message Charles Chaplin Répondre en citant
Hey Monsieur CacaNerveux, tu devais pas te barrer? (petit rappel: http://xanadu.xooit.fr/t77-Adieu.htm%29 )

_________________
" Le cynique, c'est celui qui sait que tout a un prix mais que rien n'a de valeur " O.Wilde

"Déplaire est mon plaisir ; j'aime qu'on me haïsse !" , Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand.

Sam 5 Jan - 21:22 (2008)
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Message Charles Chaplin

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